C’EST QUOI L’INCOMPATIBILITE RHESUS ?
Chaque année, plus de 260 000 bébés meurent ou souffrent de handicaps permanents liés à l’incompatibilité Rhésus, une affection pourtant entièrement évitable. Ces décès et handicaps surviennent simplement parce que les soins de base n’atteignent pas les femmes qui en ont besoin. Malgré des décennies de connaissances médicales, environ la moitié seulement des femmes enceintes dans le monde qui nécessitent un traitement par immunoglobulines anti-D en bénéficient effectivement.
La maladie Rhésus survient lorsque le groupe sanguin de la mère est incompatible avec celui de son bébé. Nous possédons tous un groupe sanguin principal : A, B, AB ou O. La plupart des personnes possèdent également le facteur Rhésus, une protéine présente à la surface des globules rouges. C’est cette protéine qui détermine si notre groupe sanguin est positif ou négatif (par exemple, A+ ou O-).
Lorsqu’une mère ne possède pas le facteur Rhésus (elle est dite « Rhésus négatif »), mais que son bébé le possède (il est « Rhésus positif »), son système immunitaire peut réagir aux globules rouges du bébé comme s’il s’agissait d’un corps étranger. Le système immunitaire de la mère produit alors des anticorps dirigés contre le facteur Rhésus. Ces anticorps peuvent traverser le placenta et commencer à détruire les globules rouges du fœtus. Cette réaction immunitaire peut entraîner des complications graves, parfois mortelles.
En l’absence de soins préventifs, l’incompatibilité Rhésus peut provoquer :
- Une anémie sévère (une diminution dangereuse du nombre de globules rouges).
- Une accumulation de liquide dans le corps du fœtus (hydrops fœtal).
- Des lésions cérébrales dues à un manque d’oxygène.
- Un bébé mort-né ou un décès peu après la naissance.
- Une jaunisse après la naissance, pouvant entraîner des lésions cérébrales.
Même lorsque les bébés survivent, beaucoup gardent des séquelles et des handicaps à vie. Les conséquences vont bien au-delà de la santé de l’enfant. Les mères peuvent être confrontées au traumatisme de la perte d’une grossesse, aux difficultés liées à l’éducation d’un enfant ayant des besoins médicaux complexes, ainsi qu’au poids émotionnel de la stigmatisation, à l’abandon par leur partenaire et à l’isolement au sein de leur communauté.
L’incompatibilité Rhésus n’est pas une fatalité ni un mystère : nous savons comment la prévenir. D’ailleurs, cette prévention est pratiquée quotidiennement dans les systèmes de santé disposant de ressources suffisantes. Grâce à de simples analyses sanguines et à une prise en charge rapide, aucune famille ne devrait avoir à subir de telles conséquences.
Les connaissances, les moyens de prévention et les traitements existent. L’incompatibilité Rhésus est donc, dans une très large mesure, évitable. Pourtant, des millions de femmes vivant dans des régions aux ressources limitées n’ont toujours pas accès à ces soins essentiels. Ce qui fait défaut, c’est la sensibilisation et l’accès aux soins.
PREVENTION DE L’INCOMPATIBILITE RHESUS
Dans les pays à revenu élevé, l’incompatibilité Rhésus est devenue rare. Non pas parce que la maladie a disparu, mais parce que l’accès aux soins préventifs de routine a permis de la faire presque disparaître.
Dès le début de la grossesse, les femmes bénéficient d’une prise de sang permettant de déterminer leur groupe sanguin ABO et leur statut Rhésus. Si une femme est Rhésus négatif, l’équipe médicale sait qu’il existe un risque potentiel, en particulier si son fœtus est Rhésus positif.
Pour prévenir l’incompatibilité Rhésus, une injection d’immunoglobulines anti-D lui est administrée aux alentours de la 28e semaine de grossesse. Ce traitement simple et très efficace empêche le système immunitaire de la mère de produire des anticorps contre le facteur RhD susceptibles de nuire à son bébé.
La mère reçoit également une deuxième dose après l’accouchement si son bébé est Rhésus positif. Cette étape est essentielle pour protéger ses futures grossesses. Des doses supplémentaires peuvent aussi être nécessaires en cas de saignements, de fausse couche ou de certaines interventions médicales pendant la grossesse.
LA SITUATION EN SIERRA LEONE
En Sierra Leone, la détermination du groupe sanguin ne fait pas partie des examens systématiquement réalisés lors des consultations prénatales, et très peu de personnes connaissent leur groupe sanguin. Par conséquent, les femmes enceintes Rhésus négatif ignorent souvent que leurs bébés peuvent être exposés à des risques liés à l’incompatibilité Rhésus.
De plus, l’injection d’immunoglobulines anti-D utilisée pour prévenir cette maladie n’est disponible que dans quelques hôpitaux privés de la capitale, Freetown, et à un coût extrêmement élevé (170 dollars pour une seule injection). Elle est donc tout simplement inaccessible financièrement pour la grande majorité des femmes sierra-léonaises.



